LA TRIBUNE LIVRADAISE

LA TRIBUNE LIVRADAISE

Histoires d'eau

Histoires d’eau

 

 

 

 

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La magnifique fontaine de la place des bois

 

 

 

 

Beaucoup sont persuadés que le centre de Sainte-Livrade est relié par des souterrains à la campagne environnante, depuis l’église ou l’ancien prieuré. Certains affirment même avoir vu dans des caves, ou lors de certaines fouilles, des galeries en briques, de grande taille. Preuve supplémentaire, plusieurs maisons situées à proximité de l’église, autour de la poste par exemple, ont évacué pendant longtemps, avant l’installation du tout-à-l’égout, toutes leurs eaux usées dans le souterrain, sans qu’il ne soit jamais besoin de procéder à une vidange ou à des travaux d’entretien. C’était quand même plus propre que d’expédier, comme les autres, crottes et vermicelles dans le caniveau ! Mais ne voilà-t-il pas qu’au tout début des années 2000, on  constata un inquiétant effondrement du sol, sur presque un mètre carré, dans un jardin jouxtant l’une de ces maisons. Le propriétaire concerné pensa immédiatement au souterrain et alarma la mairie, lui demandant d’intervenir pour prémunir les habitants du quartier contre un éventuel accident aux conséquences dramatiques, des pans entiers de maisons risquant de s’enfoncer bientôt dans les souterrains. Le maire prit l’affaire très au sérieux, demanda sur-le-champ un permis de fouilles et dépêcha l’un de ses adjoints, archéologue à ses heures et féru d’histoire livradaise, procéder à l’investigation. Le résultat ne se fit pas attendre : l’affaissement du sol qu’on avait constaté correspondait à un puits qui avait été partiellement rebouché et il n’y avait pas lieu de s’inquiéter davantage dès lors qu’on aurait colmaté correctement l’ouverture du puits. L’historien affirma que l’existence de souterrains n’était qu’une légende et que les galeries souterraines qu’on avait pu repérer ne correspondaient qu’à un réseau d’égouts très ancien.

Ainsi, cette découverte faisait clairement apparaître qu’avant d’être raccordées au tout-à-l’égout, bon nombre de maisons du cœur de notre cité rejetaient allègrement leurs eaux de vaisselle, des toilettes et salles de bain dans la nappe phréatique qui alimentait les puits et pompes de Sainte-Livrade.

 

 

 

https://static.blog4ever.com/2014/03/766835/artfichier_766835_6431568_201610311234975.pngFontaine à l'angle de la rue Nationale et de la rue Trouillou (rue du Dr Bezy)

 

 

Les plus anciens se souviennent de toutes ces pompes vers lesquelles chacun se dirigeait, un seau, un broc ou un pot à eau à la main, pour s’approvisionner en eau potable et pourvoir aux besoins du ménage. Des pompes, il y en avait partout et il en reste encore quelques traces, dans la rue du prieuré par exemple. Certains se souviennent aussi d’une vieille dame qui allait puiser son eau plusieurs fois par jour à une pompe qui se trouvait rue Nationale, à l’entrée de la rue Trouillou, rebaptisée rue du Docteur Bézy ; terrorisée par les microbes, elle prenait la précaution de rincer son pot une bonne dizaine de fois avant de recueillir le précieux liquide. On se désaltérait alors à l’eau du « Château La Pompe » et personne ne s’en plaignait, ignorant qu’à proximité d’autres y déversaient leurs excréments. Fort heureusement, au tout début des années cinquante, les travaux d’adduction d’eau réalisés dans notre village mirent fin, sans qu’on le sache, à cette révoltante situation. En provenance du Lot et ayant reçu tous les traitements appropriés, l’eau courante arrivait depuis le printemps dans chaque foyer. Malheureusement, on ne savait pas se débarrasser des virus et le poliovirus fit son œuvre : au milieu de l’été une violente épidémie de poliomyélite se déclara et fit plusieurs  morts, obligeant à décréter Sainte-Livrade « ville fermée », information diffusée par tous les journaux, radios nationales et internationales. Comme quoi le mieux est parfois l’ennemi du bien ! Et malgré tous les soupçons pesant sur la pureté des eaux délivrées autrefois aux fontaines de notre cité, aucun cas de poliomyélite n’avait été constaté jusqu’à la distribution d’une eau potable au robinet.

 

Les puits se trouvant au pied des pompes du village avaient aussi un autre usage : ils fournissaient une importante réserve d’eau en cas d’incendie. Il y eut effectivement deux feux très violents à la fin des années quarante, l’un place de la mairie, l’autre rue Nationale. Ce fut, en pleine nuit, l’incendie de l’entreprise « Novalica », une meunerie qui fabriquait des flocons d’avoine sur l’emplacement actuel du 8 place Gaston Carrère ; quelque temps plus tard, l’incendie spectaculaire, en pleine après-midi, de l’armurerie qui serait aujourd’hui au 66 de la rue Nationale. On alla alors puiser l’eau dans le puits qui alimentait la pompe se trouvant sur le côté de la mairie, près du « Florida » qui est devenu « Le Tivoli ». Mais, lors de ce dernier feu, la motopompe qui équipait les pompiers refusa de démarrer et, en attendant les renforts, on dut utiliser la pompe de la fontaine pour remplir des seaux d’eau et les acheminer en faisant la chaîne jusqu’au pied du dangereux brasier alimenté par le stock de munitions.

 

 

numérisation0026.jpgFontaine à l'angle du boulevard de la Tour et de la rue neuve

 

 

A cette époque, lors d’un incendie en ville, la grosse cloche de notre église sonnait le tocsin pour prévenir du danger tous les habitants de notre cité. Ce son lugubre faisait peur. Pour plus d’efficacité, on décida d’installer une puissante sirène sur le toit de la mairie. Or, catastrophe ! la sirène toute neuve refusa de fonctionner lorsqu’on eut besoin d’elle pour la première fois. Pour ne plus s’exposer à pareille mésaventure, on prit donc la décision de l’actionner tous les jours à midi pour s’assurer de son bon fonctionnement. Ce tintamarre de midi effraya au début la communauté canine. En ce temps-la en effet, les chiens vaquaient librement à leurs occupations dans les rues de Sainte-Livrade, rendant parfois visite au boucher en face de la pharmacie de la halle d’où le maître des lieux les chassait en faisant claquer un grand fouet de cocher. Les pauvres bêtes détalaient alors prestement en criant « cahinn ! cahinn ! cahinn ! » et continuaient de gémir alors qu’elles avaient déjà pris le virage vers la place de la mairie. Les chiens avaient l’habitude d’entendre à midi sonner les cloches de l’église mais le hurlement de la sirène qu’on venait d’y ajouter les frappa de terreur ; se figeant sur place ils se mirent à hurler à la mort. Mais peu à peu, ils comprirent qu’ils ne pourraient pas échapper à ce concert quotidien et ils furent de plus en plus nombreux à se rassembler chaque jour juste avant midi sur la place de la mairie, le long de la rue Nationale, assis et la tête tournée vers le toit de la mairie. Ils attendaient patiemment que sonne la sirène pour se mettre tous ensemble à  hurler à la mort.

 

Aujourd’hui, il n’y a plus de chiens en liberté et ils se sont habitués à entendre la sirène depuis leur naissance mais la sirène continue de sonner tous les jours à midi, ce qui étonne parfois les nouveaux arrivants qui viennent d’autres cités où la sirène ne sonne que le premier mercredi de chaque mois pour obéir aux exigences de la protection civile. C’est dans notre histoire locale que se trouve donc l’explication de cette particularité livradaise.

 

 

                                                                                                                               C. D.



31/10/2016
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